29 août 2018

Les coulisses du match revanche entre Bobby Fischer et Boris Spassky, par Loïc Habasque.

J’aimerais en quelques mots me présenter avant d’aborder le sujet de mon article.

Voilà quelques années déjà, je suis tombé dans la marmite de la philatélie échiquéenne. Pour ne jamais en ressortir. Plus les printemps défilent, plus j’éprouve le besoin de m’investir dans cette passion qui occupe une grande partie de mon temps libre, au grand dam de mon épouse. Ce qui me motive également, c’est de pouvoir partager ma passion.

Ceux qui se sont penchés sur cette thématique ont pu, comme moi, constater avec effroi combien le champ qu’elle recouvre est vaste. Nombreux sont les pays à avoir produit des émissions consacrées à des évènements échiquéens, des joueurs majeurs, des championnats du monde, des champions du monde … Bref, ce qui fait la beauté de notre sport. Pour ceux qui le désirent, il est également possible d’enrichir sa collection en y intégrant d’autres pièces philatéliques telles que timbres non dentelés, épreuves de luxe, épreuves d’artiste, enveloppes 1 er jour (les FDC : First Day Cover)… avec parfois sur ces derniers, la signature des graveurs, dessinateurs, voire la signature des joueurs dont le document fait état.…. De quoi s’y perdre.

Pour ma part, au lieu de m’égarer dans ce foisonnement philatélique, j’ai pris le parti de me concentrer sur les grands évènements échiquéens que sont les championnats du monde et les champions qui en sont les acteurs.

Parmi les champions du monde qui ont écrit l’Histoire, je me suis naturellement penché sur mon joueur de cœur, à savoir le célèbre joueur américain Robert James Fischer.

J’ai entrepris dans un premier temps de collecter les pièces philatéliques dédiées au « match du siècle » qui a vu, en pleine guerre froide, s’opposer deux champions hors normes, mais également et surtout deux conceptions idéologiques et politiques.

Ce match du siècle allait bien au-delà de l’obtention d’une simple couronne mondiale remise en jeu tous les trois ans. Ce qui avait créé le buzz (pour reprendre un anglicisme à la mode) en ce début des années 70, c’était la confrontation de deux idéaux de société. D’un côté le communisme et ses pseudo-valeurs collectives, de l’autre le libéralisme et ses pseudo-valeurs individualistes.

Pour la première fois depuis 1948 (année de naissance du championnat de monde sous le patronage de la FIDE), l’hégémonie soviétique fut stoppée net par un ovni en provenance des Etats-Unis. Ovni qui, par sa seule volonté et son génie, a renversé un système établi de l’apprentissage du jeu d’échecs.

Le résultat fut un retentissant camouflet pour l’Union Soviétique et les ses pays satellites en pleine guerre froide, à un moment clé de la guerre psychologique entre les deux camps.

L’oncle Sam ne remercia pas outre mesure son héros et ne lui remit même pas une médaille quelconque pour services rendus à la patrie.

A l’issue de cette rencontre qui attira les médias du monde entier, la trajectoire des deux protagonistes ne fut plus jamais la même. Fischer, l’anticonformiste, stoppa sa carrière professionnelle. Il venait de prouver brillamment qu’il était le meilleur joueur de la planète. Il 2 avait accompli sa quête ultime. Quant au joueur soviétique Boris Spassky, il devint l’homme honni de tout un régime. Il ne put revenir sur la scène internationale qu’après son exil en France.

Vous pouvez trouver de nombreux documents philatéliques concernant ce championnat du monde sur mon site à l’adresse suivante (http://histoire-echecs-philatelie.com/le-match-dusiecle-1972/)

L’Histoire aurait pu, aurait dû s’arrêter là. Mais une suite inattendue, moins médiatisée et plus anecdotique, eut lieu 20 ans plus tard.

Certains politiques et quelques riches mécènes en décidèrent autrement. A grand renfort de persuasion et de dollars, ils firent en sorte que ces deux champions des années 60 et 70 puissent à nouveau s’affronter.

Au regard du contexte politique et du caractère singulier de Fischer, le simple fait que cette rencontre eut lieu fut un véritable tour de force.

Je me suis souvent interrogé sur la manière dont les tractations ont pu s’opérer pour que ce « match revanche » ait lieu. Il fallait, outre l’accord des deux joueurs (en fait, seul Boris Spassky était d’accord, quelles que soient les conditions, à partir du moment où les gains seraient importants), trouver un lieu qui accepte la tenue de cet évènement et des mécènes prêts à mettre beaucoup d’argent sur la table.

Et la réponse à cette question cruciale m’est venue d’une manière inespérée suite à un achat « classique » sur le net.

J’étais à la recherche de pièces philatéliques sur cet évènement lorsque je suis entré en contact avec un collectionneur mettant en vente le livret officiel de cette rencontre (cf sur mon site internet http://histoire-echecs-philatelie.com/le-match-revanche-1992/).

En discutant par mail avec le vendeur, j’appris que celui-ci était journaliste, et non des moindres ! En effet, Milan Dragovic, un ancien de l’Agence France Presse (AFP), spécialiste de la Russie et des pays de l’Est, est un passionné d’échecs qui a couvert tout au long de sa carrière de nombreuses compétitions internationales d’échecs. C’est toujours un plaisir édifiant que de pouvoir échanger avec des personnes ayant côtoyé des légendes de notre sport préféré.

Il m’a indiqué vendre ces articles pour le compte d’un de ses amis qui n’est nul autre que l’avocat serbe qui avait mené les négociations ayant permis la tenue de cet évènement et qui en avait rédigé le contrat.

A force de persuasion (et aussi de harcèlement), j’ai réussi, en mars dernier, à convaincre M. Dragovic de servir d’intermédiaire pour une interview avec cet avocat, Me Vladimir Miljevic. J’avais préparé minutieusement une série de questions que je voulais lui poser.

Ce dernier s’est prêté de bonne grâce à cet exercice et m’a apporté un éclairage intéressant sur les coulisses de cette rencontre. Mais comme vous pourrez le lire dans l’interview, ce ne fut pas chose aisée de la mettre en place et, surtout, de s’assurer qu’elle irait jusqu’à son terme.

Vous pouvez trouver l’intégralité de cette interview ci-dessous :

MES NEGOCIATIONS AVEC BOBBY

Parole à l’avocat serbe Vladimir MILJEVIC (entretien exclusif)

Q : Maître Miljevic, racontez-nous la genèse de ce « match revanche » entre deux anciens champions du monde qui ont marqué l’histoire des échecs ?

R : C’est en juin 1992 que des promoteurs yougoslaves lancèrent l’idée de faire revenir Bobby Fischer à la compétition. Le défi était de taille car ils avaient en tête de le voir affronter celui-là même qui, vingt ans auparavant, lui avait permis d’accéder au titre mondial, le Soviétique (devenu franco-russe) Boris Spassky. Projet a priori peu réaliste, l’Américain s’étant retiré de la scène échiquéenne après son sacre, en septembre 1972, à Reykjavik, en Islande.

Q : Le projet ne semblait-il pas voué à l’échec alors que la Yougoslavie, en pleine guerre, était sous le coup d’un embargo économique international, et que Fischer lui-même encourait dix ans d’emprisonnement dans son pays en cas de violation de ces sanctions de l’ONU dont les Etats-Unis étaient le fer de lance ?

R : Effectivement, le projet semblait utopique. Néanmoins, grâce à l’engagement de Janos Kubat, réputé dans les milieux échiquéens pour son savoir-faire en tant qu’organisateur de matchs, il a pu se concrétiser en un temps record. D’autant qu’un des mes clients de longue date, le banquier Jezdimir Vasiljevic, était prêt à financer une revanche entre les deux joueurs en mettant sur la table une bourse de cinq millions de dollars, dont 3,35 millions pour le vainqueur. Ainsi, après un échange de messages avec le cabinet d’avocats qui défendait les intérêts de Bobby Fischer, nous nous sommes rendus aux Etats-Unis, Milos Milovanovic, secrétaire général de la Fédération yougoslave d’échecs, Janos Kubat et moi-même en qualité de conseiller juridique de M. Vasiljevic. L’aéroport de Belgrade était fermé pour cause d’embargo et c’est à Budapest - où Zita Rajcsanyi, jeune joueuse et amie du champion américain, s’est jointe à nous-, que nous avons embarqué pour Los Angeles. Zita était censée apporter une « touche féminine » à des négociations qui s’annonçaient ardues, et inciter Fischer à accepter notre projet de contrat. Cette jeune femme, alors âgée de 18 ans à peine, se disait une admiratrice inconditionnelle de Bobby, mais la suite des événements allait montrer que ses motivations étaient tout sauf désintéressées.

Q : Que saviez-vous de Bobby Fischer ?

R : A vrai dire, peu de choses, n’était-ce son caractère fantasque, voire paranoïaque, dont la presse yougoslave se faisait largement l’écho, ses exigences plus extravagantes les unes que les autres et ses démêlés avec les autorités américaines. On me parlait d’un génie mais, n’étant pas joueur moi-même, j’étais incapable d’en juger. Aussi m’étais-je imposé un « profil bas » : rester calme et patient et surtout éviter toute polémique sur des sujets n’ayant pas trait au contrat.

Q : Bobby Fischer vous a-t-il accueilli à l’aéroport ?

R : Il nous attendait patiemment, d’autant qu’il nous a fallu deux heures pour récupérer un de mes bagages égaré. Autre déconvenue : ayant entendu dire que l’Américain était friand de charcuterie hongroise, je lui avais apporté deux gros saucissons achetés à Budapest, un cadeau qui malheureusement allait finir dans la poubelle de douaniers américains intraitables. Nous avons gagné notre hôtel, le Biltmore, au cœur de Los Angeles, puis avons dîné en un lieu désigné d’office par Bobby, un restaurant chinois où il avait ses habitudes. Devant l‘établissement, un afro-américain faisait la manche ; Bobby l’a éconduit sans ménagement en nous glissant : « Avec eux, aucune vie commune n’est possible. »

Q : Avez-vous abordé d’emblée la question du match contre Spassky ?

R : Non. Nous avons parlé de tout, dans une atmosphère chaleureuse, sauf du match, Bobby s’en étant remis à ses avocats. Nous nous sommes séparés vers minuit. Bobby et Zita sont partis ensemble, tandis que nous regagnions nos chambres. Le lendemain matin, on frappait à ma porte. C’était Zita, venue poser ses propres exigences financières, à savoir une rétribution personnelle si Bobby signait le contrat. Sentant une menace réelle planer sur les négociations et conscient de l’influence que la jeune femme pouvait exercer sur le champion, je m’exécutai sur une feuille de papier sans même consulter M. Vasiljevic. Joint a posteriori par téléphone, ce dernier me dit que j’avais bien fait.

Q : Quand les négociations ont-elles réellement commencé ?

R : Le jour même, au cabinet d’avocats Joseph Choate Jr. La réunion s’est déroulée en présence d’un homme dont le rôle allait s’avérer de la plus haute importance : Charles Pashayan, ancien membre républicain du Congrès américain, acquis à la cause de Bobby Fischer qu’il souhaitait voir reprendre la compétition afin de faire pièce aux Soviétiques accusés d’utiliser les échecs comme instrument de politique étrangère. La première pierre d’achoppement a été l’appellation du match. Pour Fischer ce ne pouvait être que « Championnat du monde d’échecs ». Nous lui fîmes valoir que la compétition ne pouvait avoir un caractère officiel et qu’il nous fallait opter pour une appellation plus adéquate. M. Milovanovic a alors proposé : « Match revanche pour le titre de champion du monde ». De mauvaise grâce, Fischer accepta. Boris Spassky, avec qui nous étions en contact permanent, se trouvait alors à Paris. Lorsque nous lui avons dit que Fischer exigeait que les parties se jouent avec des pièces de type Dubrovnik, il nous a répondu : « If it is good for Bobby, it is good for me. » (Si c’est bon pour Bobby, c’est bon pour moi.) L’unique exigence formulée par Boris - que nous avons acceptée - fut une avance de 50.000 dollars, à déduire de ses gains si le match avait lieu.

Q : Bobby a-t-il avancé d’autres exigences ?

R : Le lendemain, lors de la reprise des négociations, il a insisté pour que le contrat stipule expressément qu’il n’y aurait pas de conférence de presse après chaque partie. Or, les rencontres avec la presse étaient partie intégrante du programme marketing de Jugoskandik, la banque de M. Vasiljevic. Ce point n’était donc pas négociable. Fischer était très mécontent mais finit par céder. Les autres exigences du champion américain ne posèrent pas trop de problèmes : l’emplacement des caméras de télévision ne devait aucunement gêner la concentration des joueurs, le nombre d’accréditations accordées aux photographes serait restreint et les deux joueurs disposeraient chacun d’une chaise fabriquée sur mesure. Plus 5 surprenant, au cas où Fischer ne serait pas satisfait du matériel, une des clauses du contrat prévoyait que le match se jouerait sur son échiquier personnel avec ses propres pièces. Bobby a aussi imposé l’utilisation de la pendule qu’il avait fait breveter quelques années auparavant. Destinée à faciliter la gestion du temps et éviter les ajournements, cette pendule alloue un crédit de deux minutes à celui qui vient de jouer.

Q : Dès lors, les négociations étaient bien avancées. Qu’est-ce qui empêchait encore la signature du contrat ?

R : Au troisième jour, la version définitive du document était prête. Avant de signer, Fischer tenait néanmoins à consulter une énième fois ses conseillers ainsi que Charles Pashayan. Ce dernier nous promit de nous appeler dès qu’il aurait obtenu son accord. A Pasadena, à une quinzaine de kilomètres du centre-ville, où l’avocat Joseph Choate nous avait invités chez lui à dîner, nous étions tous tendus dans l’attente d’une bonne nouvelle. Mais le téléphone restait muet. Une fois rentrés à l’hôtel, c’est au milieu de la nuit que Kubat nous à arrachés à notre sommeil pour nous annoncer : « Je viens de voir Bobby qui est prêt à signer. » Nous avons arrosé la nouvelle dans ma chambre avec quelques mignonettes de whisky, et la signature a eu lieu le jour même. Nous avons faxé les documents à Spassky, qui nous les a retournés signés. Afin de gagner du temps, j’ai proposé d’emporter les exemplaires destinés à Boris et de les lui faire parvenir une fois rentré en Europe. Pashayan s’y est opposé avec cette boutade : « Yes, but what will we do if your plane crashes ? » (« Oui, mais qu’allons nous faire si votre avion s’écrase ? »

Avant que nous quittions les Etats-Unis, Bobby, retrouvant son âme d’enfant, a tenu a nous faire visiter Disneyland et ses attractions puériles, à mille lieues de la guerre qui faisait rage dans les Balkans.

Rentré à Belgrade, lorsque j’ai présenté le contrat à M. Vasiljevic, celui-ci l’a posé au sol puis s’est agenouillé à l’a embrassé.

En tant que Directeur du match, Janos Kubat est retourné peu après à Pasadena afin d’assister Bobby dans ses démarches de déménagement et l’aider à faire ses bagages, résilier son abonnement d’électricité et sa ligne téléphonique. Kubat avait vu juste en me confiant un jour : « Bobby ne retournera plus jamais aux Etats-Unis. Il finira comme Chaplin. »

Q : Quelle a été la réaction des autorités américaines ?

R : Lorsque Bobby est arrivé à Belgrade, les pressions sur les organisateurs n’ont fait que s’intensifier. Pour l’administration américaine, la tenue du match constituait une violation des sanctions économiques contre la Yougoslavie, ce que nous contestions. Jusqu’au dernier moment, les avocats américains ont exigé que le match soit transféré à Budapest. Le matin même du début de la rencontre, Pashayan m’a téléphoné en me demandant instamment de tout arrêter, faute de quoi Bobby connaîtrait les pires ennuis. Trop tard ! Quand Bobby a exhibé devant la presse l’avertissement officiel du Département du Trésor américain et a craché dessus, tous les dilemmes furent dissipés : le match Fischer-Spassky aurait bien lieu en territoire yougoslave, à Sveti Stefan (Monténégro), puis à Belgrade.

Ma mission en tant qu’avocat achevée, j’ai continué néanmoins tout au long du match à jouer auprès de Fischer un rôle d’officier de liaison avec M. Vasiljevic comme avec tous ceux qui voulaient l’approcher. J’ai au l’occasion de discuter avec lui, d’écouter ses propos 6 antisémites, de l’entendre dire qu’il en avait assez des règles échiquéennes et vanter une variante du jeu baptisée shuffle chess, dans laquelle la position des pièces derrière les pions serait désignée de façon aléatoire par ordinateur.

A l’issue de la première partie du match, avant son transfert à Belgrade, une fête a été organisée à Sveti Stefan. Encouragées par Boris, des jeunes filles ont invité Bobby à se joindre à elles pour une danse en rond traditionnelle. Visiblement contrarié et très mal à l’aise, Bobby s’exécuta maladroitement. Mais à cinq heures du matin, j’étais réveillé par son garde du corps, Nenad Nesh Stankovic, qui me dit : « Bobby est furieux et veut te parler ». A la villa 118 qu’il occupait, je trouvai Bobby en peignoir, écumant de rage, marchant de long en large tel un lion en cage, manifestement en proie à une crise de paranoïa. « Spassky m’a poussé à faire le singe, ce qui est très moche », me dit-il. « Cela n’aurait jamais dû se produire. On a voulu me ridiculiser devant tout ce monde.» Il ma fallu beaucoup de tact pour le calmer en l’assurant que personne ne lui voulait du mal, que la tradition du pays voulait que l’on fête les événements importants en dansant et que sa participation aux réjouissances avait ravi l’assistance.

Q : Comment les deux rivaux ont-ils abordé la « seconde mi-temps » du match, disputée à Belgrade ?

R : Bobby menait 5-2 lors du déplacement de la rencontre dans la capitale yougoslave. La suite allait se dérouler dans une ambiance plus mouvementée, aux antipodes du cadre méditerranéen bordé d’oliveraies, de pinèdes et de palmiers. Du jour au lendemain, les deux joueurs furent plongés dans la cohue d’une métropole tentaculaire avec ses buildings aux parements de verre, ses hôtels de luxe et ses grands restaurants. Pour Fischer, les excursions, promenades et banquets arrosés de champagne jusqu’à pas d’heure semblaient prendre le pas sur les échecs, au grand dam de son secondant Eugene Torre. Tandis que Bobby passait le plus clair de son temps avec une amie de longue date venue le rejoindre, Miyoko Watai, joueuse d’échecs japonaise qui des années plus tard allait devenir sa femme, Spassky entretenait sa forme physique dans la piscine de l’hôtel Intercontinental ou sur des courts de tennis. Le degré d’impréparation de Bobby fut évident dès la reprise du match. Visiblement nerveux, montrant des signes d’agacement, il s’inclina dans la 12ème partie face à un Spassky en pleine possession de ses moyens. Après trois nulles, Bobby allait se ressaisir, tandis que son adversaire montrait à son tour des signes de fatigue et commettait une série d’erreurs. L’Américain remporta les deux parties suivantes, puis trois autres, ne concédant que deux défaites. Score final : 10-5.

Q : Que peut-on tirer comme enseignement de ce match unique en son genre ?

R : Nul doute que, trois ans après la chute du Mur de Berlin, il a marqué une étape cruciale dans la dépolitisation et la professionnalisation des échecs. Le second volet du match fut marqué par un événement de taille, l’arrivée inopinée à Belgrade du président de la FIDE, le Philippin Florencio Campomanes, bête noire et ennemi juré de Fischer. Nous avons tout mis en œuvre pour que les deux hommes ne se croisent jamais. M. Campomanes était venu explorer auprès de M. Vasiljevic la possibilité d’organiser d’autres rencontres au sommet, cette fois sous l’égide de la FIDE. Selon des indiscrétions révélées par Nenad Nesh Stankovic dans son livre The greatest secret of Bobby Fischer, les deux hommes auraient envisagé d’importants investissements et évoqué les moyens d’améliorer par une série de réformes les conditions de jeu et le traitement des joueurs de premier plan. Tous ces projets sont restés 7 lettre morte. Les affaires de M. Vasiljevic tournaient de plus en plus mal et, sous la pression des autorités, le banquier fut contraint de s’exiler en Israël puis en Amérique latine. Ce n’est que des mois plus tard que Bobby Fischer, alors réfugié en Hongrie, put encaisser sa prime.

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C’est peu dire qu’il n’a pas été simple de mener cette rencontre à son terme. Entre les pressions de l’administration américaine, le caractère fort de Fischer et la venue du président de la FIDE, le fait que le match ait pu avoir lieu relève de l’exploit. Trois éléments conjugués y ont contribué : l’appât du gain, l’obstination des organisateurs et l’anti américanisme de Fischer.

Cette belle rencontre très enrichissante m'a permis outre d'accroitre mes connaissances sur ce match, d'obtenir des pièces philatéliques dont vous trouverez ci dessous quelques pièces :

LHabasque01

LHabasque02

LHabasque03

Animated Chess Gif (13)

Texte reproduit in extenso avec l'aimable autorisation de l'auteur, que je remercie ici vivement.

Certains associent leur passion des échecs avec l'informatique, ou avec d'autres jeux de stratégie. Loîc Habasque, de l'Echiquier de la Tour d'Argens, a lui le regard du philatéliste et, quelque part, de l'historien. Je vous invite à visiter son site, d'une très grande richesse, et j'espère que nous serons amenés à nous instruire, à nouveau, de façon si agréable !


01 juin 2018

Carte commémorative Reykjavik 1972

Intéréssé ?

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"Bonjour à tous ! Je vends une carte commémorative éditée par la Fédération Islandaise des Echecs juste après le championnat du monde qui opposa Bobby Fischer à Boris Spassky, en 1972. La carte a été éditée le 23 octobre 1972 (comme vous pouvez le voir sur le tampon) et porte le numéro 2240. Je ne sais pas combien d'exemplaires ont été édités. La carte est en très bon état. Je la vends 100€. Contactez-moi à l'adresse suivante si vous êtes intéressé : delphinebriault@laposte.net".

> Le site français de référence : Histoire des échecs en philatélie, avec sa page dédiée au match de 1972, où on peut retrouver la carte de Delphine.

Posté par fabrice83300 à 19:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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20 février 2017

Ce n'est pas parce que c'est le pion "c" qu'il faut s'endormir !

Un joli trait d'humour de Greg, alors que nous nous penchions sur une position, où la poussée d'un pion "c" offrait un gain. C'est aussi un adepte du "Simple chess, simple chess !" lorsqu'il joue un coup gagnant !

Je ne peux pas m'empêcher de reproduire la citation qui présentait mon premier blog, et dont je suis assez fier : "Aux échecs, je suis un amateur éclairé... et rarement lumineux !". Elle a surtout le mérite d'être réaliste, dirons certains ! 

Certaines répliques sont passées à la postérité, comme celle de Boris Spassky à un journaliste : "- Préférez-vous une dame de plus aux échecs ou dans la vraie vie ? - Ça dépend de la position !". L'ancien champion du monde est réputé pour son humour.

Et celle de son compatriote et autre détenteur du titre, Mikhail Tal : "Je bois, je fume, je cours après les filles, mais les échecs par correspondance sont un vice que je n'ai pas !". Elle pas mal non plus, celle-là !

 Mikhail_Tal_1982

Mikhail Tal en 1982. C'est vrai que l'on pouvait fumer en plein tournoi à l'époque !

Et le grand David Bronstein sur Tal : "Plusieurs personnes se sont demandées comment Tal faisait pour gagner… En fait, c'est très simple ! Il met ses pièces au centre de l'échiquier et les sacrifie quelque part !". Cela donne une idée de l'impression incroyable que le magicien de Riga donnait sur l'échiquier. Il disait d'ailleurs, à ce propos : "Ma réputation prend parfois ma place à table !" ou encore "Il y a deux types de sacrifice : ceux qui sont corrects et les miens !

Justement, sur les sacrifices, par Xavier Tartakover : "Il vaut mieux sacrifier les pièces de l'adversaire !". Une vision plus pragmatique...

Une autre réplique célèbre, de Fischer à un journaliste : "- De quoi parliez-vous avec monsieur Spassky ? - Quand j'arrive, je lui dis bonjour ; quand je pars, je lui dis échec et mat !". Bonjour la pression, oui !

Une autre très représentative de l'état d'esprit du regretté Victor Kortchnoï, apatride dont les relations avec l'ancienne URSS furent plus que tendues : "Je considère la neutralité comme une maladie grave !". Mais était-ce réellement de l'humour ?

Le grand professeur Kotov avait aussi quelques bons mots : "Un plan correct fait de nous des héros ; l'absence de plan fait de nous des zéros !".

Edouard Goudfeld n'était pas en reste. Un exemple au sujet de la variante Saemisch de la défense Grundfeld (avec le Pion blanc en f3) : "Demandez au pauvre Cg1 ce qu'il en pense !".

Enfin, une que je trouve vraiment géniale, dégotée sur le site Echecs & Stratégie"A ce moment-là, je menaçais de comprendre la position !" de Clément L'Heureux. On s'attend à quelque chose de terrible pour son adversaire, vu que la menace est toujours plus forte que l'exécution !

Vous en connaissez d'autres ? Ajoutez-les en commentaires et on se fait une petite compil !